Mon oeuvre: partie 3
- tinaconus
- Oct 16, 2023
- 7 min read
Et encore une semaine s'est écoulée. On continue sur notre lancée avec la suite de la lecture. Mais d'abord, merci à vous de prendre un peu de votre temps pour lire mes écrits. Je vois que de plus en plus de personnes se plongent dedans et ça me touche. Je suis à l'écoute pour d'éventuelles questions ou idées de projets.
Dans ces prochains chapitres, il y a des parties où j'ai dû m'accrocher émotionnellement. Et puis il y a un de mes souvenirs préférés. La lecture est émotionnelle dans cette oeuvre entière au final mais ce n'est pas autant crû que d'autres écrits. C'est poignant mais pas forcément heurtant, après il y a toutes sensibilités.
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Figure 1: mental chaos
VII. Life Goes On[1]
En une fraction de seconde, deux visages apparaissent : Francis et Charlie. Leur décès sont les premiers à m’avoir vraiment marquée. Dans la même année en plus !
Celui de Charlie a été un choc, il était en si bonne santé ! Du jour au lendemain, il s’est effondré. Sa bonne santé n’a pas pu le relever. Il est parti sans pouvoir dire au revoir… Il n’a pas souffert, c’est rassurant. On se dit qu’il est parti sans difficulté, il a enfilé ses ailes et s’est envolé. Je pensais simplement lui dire au revoir lors de son enterrement. Mais un panier d’émotions a fait surface et j’ai pleuré. Un petit moment. Mais c’est beaucoup pour moi qui ne montre jamais d’émotions… J’ai appris grâce à lui à vraiment ressentir mes sentiments et à les assumer. Pour cela, je lui en serai toujours reconnaissante...
Celui de Francis est venu tout doucement. Il n’avait pas la meilleure des santés mais je ne l’avais pas vu depuis des années et ne m’en étais pas doutée. Pas un poil. Mon père m’a annoncé qu’il était à l’hôpital mais je n’ai pas saisi la gravité de la situation tout de suite. Puis il a été transféré aux soins palliatifs et on a compris que la fin se rapprochait. Je l’ai vu presque tous les jours… C’était la semaine de Noël en plus ! On a pris le plus grand plaisir à lui apporter des plaisirs pour apaiser ses derniers jours ; un frigo, du champagne, de la bière, des décorations et on avait encore des projets qu’on n’a pas pu accomplir… La dernière fois que je l’ai vu, on a partagé un verre de champagne…belle façon de dire au revoir ! (En tout cas à mes yeux). Il a beaucoup souffert mais je suis contente d’avoir pu l’accompagner jusqu’au bout. À son décès, on a au moins pu se dire : c’est bien, il ne souffre plus. Il a pris plus de temps à enfiler ses ailes mais il s’est finalement envolé. Je n’oublierai jamais la force avec laquelle il tenait ma main ou me serrait dans ses bras…
Ma mémoire a bien fait de m’amener ici, j’en avais besoin. Par contre, j’ai juste regardé la scène, pas besoin de revivre ce souvenir complètement, pour l’accepter il suffit de s’en rendre compte. Je suis fière de moi. J’ai surpassé tout ça en apprenant des leçons sur le chemin. Les décès de nos proches nous aident probablement à accepter notre propre mort. Je ne pense pas qu’on ait réellement peur de la mort, peut-être juste l’idée d’être seul. Parce qu’on est seul dans la mort, on fait une première expérience tout seul alors que les autres de notre vie, on a pu les faires avec nos semblables. C’est vraiment le seul moment où on est vraiment seul…la mort. Pourtant dans ma vie je me suis sentie seule au monde de nombreuses fois, à tort oui, mais c’est un sentiment que je dois aussi visiter aujourd’hui… Je sais maintenant vers quelle pièce je me dirige et j’ai peur. C’est un souvenir que je n’ai pas envie de revivre, il est tellement fort qu’il pourrait redevenir réalité juste en y pensant. Mais je dois visiter cette pièce, c’est une grande partie de moi, que je dois aussi apprendre à lâcher un jour. Seulement je dois d’abord apprendre à l’accepter et c’est ce que je dois faire aujourd’hui…
En une fraction de seconde je suis engloutie par un vide…
VIII. { }
ici toute chose perd son sens
ici tout est sans but
ici toute émotion disparaît
ici tout est figé
ici il n’y a pas d’issue
j’ai froid
il n’y a rien, la pièce est vide, elle m’aspire dans son vide
mon corps et mon esprit se séparent, ma vie est expulsée hors de mon corps
il ne reste plus que ce vide
affamé
sauvage
cruel
insatiable
impitoyable
il cherche frénétiquement ne serait-ce qu’une minuscule part de vie à se mettre sous la dent
il dévore tout sur son passage et ne laisse que des minables miettes dont je ne peux rien faire
pire qu’un sauvage avide de sang
pire qu’une bête effrénée
pire qu’un prédateur implacable
c’est un réel démon, il engloutit tout, bon et mauvais, il n’épargne même pas le mal, tout y passe et il ne reste rien, rien d’apaisant, de réconfortant, de chaleureux, d’affectueux
mais il ne reste rien non plus de pesant, d’inquiétant, de préoccupant
mon esprit est vide, il ne pense à rien, il n’a plus de raison d’être
je ne sens plus mon corps, plus rien ne m’appartient
je ne reconnais pas la personne que je vois dans le miroir
C’est suffocant, je deviens consciente que c’est une pièce de ma mémoire et que je peux en sortir quand je veux. Seulement, je n’y arrive pas. Il me faut de l’aide. Mais où est ma mémoire encore ? Elle est venue avant, pourquoi ne vient-elle pas me sauver à nouveau ? Bordel ! Je n’ai pas envie de repartir dans ce sentiment ! Pas question de revivre cet enfer encore une fois ! Mais elle n’arrive pas… Je ne vais jamais réussir toute seule… comme d’habitude je suis seule… Mais non ! Suis-moi ! Alors une nouvelle porte apparaît devant moi, comme façonnée de poussière en une fraction de seconde. Et elle s’ouvre toute seule en plus… Est-ce ma mémoire ? Ah non… c’est quelqu’un d’autre…
IX. Flashlight[2]
L’air chaud caresse ma peau. “Le temps est bon, le ciel est bleu“[3]. Les champs oscillent dans le vent comme ses cheveux et le lac s’incarne dans ses yeux, bleu et profond. Ces fenêtres de l’âme m’inspirent confiance et m’ouvrent leurs portes. Les montagnes surplombent le lac ; gigantesques devant nous, minuscule devant notre complicité. L’eau reflète le soleil, ses yeux reflète son amour.
Elle est là devant moi. Elle m’écoute et moi je parle.
Pour la première fois, j’ouvre mes portes, mes murs s’écroulent et mon âme se retrouve nue. Sans gêne, elle se présente sous toutes ses lumières. J’amène Chiara dans mon monde, c’est une découverte pour elle, un voyage quotidien pour moi. Elle absorbe toutes mes paroles qui ont enfin une destination. Auparavant elles étaient destinées à rester dans ma tête ou sur une minable feuille de papier remplie de mots ne pouvant les exprimer correctement. Je lui présente ces animaux qui vivent dans ma tête et tous les obstacles qu’ils me balancent à la gueule. Et je ne m’excite pourtant pas : ces sentiments ne refont pas surface parce que je suis écoutée. Ils sont expulsés de mon corps tel un exorcisme (Il y a de quoi parler de démons intérieurs !). Pour une fois, je peux exprimer mes pensées sans qu’elles se révoltent contre moi : elles peuvent me détruire mais elles ne peuvent pas la détruite. Je suis plus grande, plus forte mais c’est elle qui me protège le plus ; son affection est un remède, un sauveur, un ange tombé du ciel…
Mais je m’éloigne du souvenir et m’empresse d’y retourner : ne serait-ce pas stupide de laisser filer une si belle scène sans y prêter attention ? La discussion continue et je décris mes rendez-vous chez ma psychiatre. Étonnamment, j’ai plus de peine à en parler que de mes démons. Ma confiance en elle n’a donc pas de limite. Je continue avec mes inquiétudes, mes questions existentielles, mes pensées intrusives et elle m’écoute toujours. Elle m’écoute toujours, oui. Elle ne dit rien, elle sait que j’ai besoin de tout sortir et que ce n’est pas son avis qui m’intéresse. Mon âme a besoin d’une sortie de secours pour éliminer tous les déchets après son exorcisme. Elle le sait, elle. Je termine ma longue tirade, le rideau se ferme et je suis purifiée, peut-on comparer cela à la catharsis ? Me voilà à nouveau partie dans des réflexions qui vont toujours trop loin, concept bien évidemment expliqué à Chiara.
Le silence règne un moment, le vent fait entendre son frémissement. On se regarde et on n’a pas besoin de se parler mais elle veut me rassurer. Je ne comprends pas mais j’écoute et j’essaie. Je le ferai toujours. Mon cœur est heureux mais il peine à le montrer. Elle s’en fout, elle le sait. Sans parler, sans agir, notre connexion se manifeste au-delà des sens.
Un tournant dans notre voyage, ce moment surpasse les autres à mes yeux, bien qu’ils soient tous marquants.
Et puis, ce souvenir se termine gentiment. Je ne ressens pas un besoin de m’échapper ni de force me retenant ici. Pourtant je sais que c’est le moment de passer à autre chose. Alors ma mémoire vient m’emporter, comme si je montais dans un train pour une nouvelle destination. Mais cette fois, elle ne ressemble pas à un ange, juste mon moyen de transport dans ce manoir. Car c’est Chiara l’ange dans ce souvenir et ma mémoire lui laisse cette gloire…
Les portes du train se referment et en une fraction de secondes je me retrouve devant une nouvelle porte…
[1] 2PAC. Life Goes On, Los Angeles : Death Row Records, 2001. [2] JESSIE J. Flashlight, New York City : Republic Records, 2015. [3] PIERRE, Isabelle. Le temps est bon, France : Disques Barclay, 1971.
Fig. 1 STEBENEV, Vladimir, Mental Chaos, 2011, dessin sur papier au crayon et stylo à encre, 64 x 90 cm, Moscou. Téléchargé le 15 janvier 2021 sur le site Pinterest, <https://in.pinterest.com/pin/289356344786053827/>
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Voilà, nous arrivons au terme de cette publication. Après lecture, et même quand je l'écrivais, je trouvais cette histoire d'ange un peu enfantine mais elle adoucit l'histoire tout de même. Après, je n'écrirais pas dans ce style en ce moment de ma vie. Les goûts et les couleurs, comme on dit. C'est tout pour moi. bye!
xoxo Tina
Comentarios